2. Diffuser

Diffuser les pratiques innovantes

Les liens entre innovation pédagogique et réalité institutionnelle sont complexes. Lors du 8e Forum des Enseignants Innovants qui s’est tenu les 4 et 5 décembre 2015, Françoise Cros (université Paris 5) a rappelé que l’innovation est fondamentalement un « bricolage », ce qui explique que l’institution en ait peur, mais aussi qu’elle suscite l’enthousiasme chez nombre d’enseignants, « militants chercheurs »[1]. Comment, dès lors, favoriser la diffusion de pratiques innovantes de façon à permettre au plus grand nombre – élèves, étudiants et enseignants – d’en bénéficier ?

Comment, par ailleurs, situer cette démarche dans un cadre épistémologique permettant de concilier recherches sur et pour l’action, en associant praticiens et chercheurs dans la construction des savoirs ?

Le groupe de travail s’attache à articuler ces deux questions en prenant appui, notamment, sur les travaux de Bernadette Charlier, à partir d’une démarche nommée recherche-action-formation[2]. Cette dernière est principalement inspirée par deux modèles : celui de la recherche-action, qui vise simultanément à transformer la réalité et à produire des connaissances concernant ces transformations (Lewin, 1951, Hugon et Seibel, 1988)[3] et celui de praticien réflexif élaboré par Donald A. Schön, qui questionne l’existence d’un monde de savoirs distincts de l’activité des sujets[4].

Orientation des travaux de l’axe « Diffuser les pratiques innovantes » ?

  • Se former à l’innovation. Quels sont les lieux propices à la formation aux pratiques innovantes ? Quelles sont les compétences nécessaires ? Comment développer la créativité et favoriser la coopération, le travail en équipe, les échanges et analyses de pratiques, ou encore, l’ouverture à de nouvelles compétences ? Il s’agit d’une part de repérer comment ces compétences sont développées (ou pas) dans les lieux de formation, de l’autre, de réfléchir aux modalités d’une formation efficace, à distance et en présentiel, par la co-intervention, en s’attachant à « déprivatiser les pratiques enseignantes »[5].
  • Mieux comprendre les freins. Comment associer l’ensemble des acteurs et faire face à la « résistance au changement » ? Il importe de prendre en compte les réticences liées à des questions pratiques ou idéologiques telles que la crainte de l’externalisation (dans les ESPE, par exemple), l’attachement à une culture égalitariste, la peur de devoir faire face à une surcharge horaire ou d’être victime d’intrusion dans une approche intime de l’acte d’enseignement.
  • Identifier les leviers. L’innovation peut constituer une réponse à des besoins auxquels l’enseignant ne sait comment répondre seul, une opportunité de se saisir de dispositifs qui n’existaient pas dans la formation initiale.

Coordination : Miguel Toquet et Lila Belkacem

N.B. Les actions pourront s’appuyer sur des partenaires tels que Syn-lab, les Savanturiers et l’Alliance pour l’éducation

[1] http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/12/07122015Article635850675436153137.aspx

[2] Hugues Choplin et al., « Quelle recherche sur et pour l’innovation pédagogique », Distances et savoirs 2007/4 (Vol. 5), p. 483-505.

[3] Lewin K., Field Theory in Social Science, New-York: Editions Harper and Row, 1951 ; Hugon M.A., Seibel C., Recherches impliquées, Recherches actions : le cas de l’éducation. Bruxelles : De Boeck, 1988.

[4] Schön D.A., Le praticien réflexif, A la recherche du savoir caché dans l’agir professionnel. Montréal : Editions Logiques, 1993.

[5] Dupriez, Vincent. Peut-on réformer l’école ?: approches organisationnelle et institutionnelle du changement pédagogique. Louvain-la-Neuve, Belgique: De Boeck, DL 2015, 2015.

Concrètement