1. Évaluer

L’évaluation des innovations pédagogique et des enseignements

De nombreuses expérimentations pédagogiques ont été menées aussi bien dans les écoles publiques que privées, en particulier depuis les années 1980. Cependant, elles font encore trop peu souvent l’objet d’évaluations scientifiques permettant d’orienter les choix ou, lorsque c’est le cas, la durée de l’évaluation est trop courte pour permettre d’anticiper les difficultés qui pourraient survenir lors de la généralisation.

Par ailleurs, l’évaluation scolaire peut prendre différentes formes. Ainsi que le souligne un récent rapport du CNESCO [1], des pays comme l’Angleterre ou le Québec préconisent ou imposent, dans les textes officiels, de mobiliser de nouvelles formes d’évaluations telles que l’auto-évaluation, l’évaluation par les pairs ou le suivi individualisé des élèves, à la différence de la France, où les modalités d’évaluation sont laissées à la discrétion de l’enseignant et où les formes traditionnelles d’évaluation (devoirs écrits) sont privilégiées. Même si, dans le contexte de cet axe, il ne s’agit pas d’évaluer les élèves au premier chef, mais bien l’efficacité des méthodes d’évaluation scolaire et l’acquisition de connaissances ou de compétences, c’est en particulier à ces nouvelles formes d’évaluation scolaire que sera consacré notre travail.

Cette réflexion sur l’évaluation est incontournable dans un contexte socio-politique où les institutions publiques, y compris l’école, font face à une demande croissante de « reddition de compte » (accountability) [2] et sont encouragées à améliorer leur performance, à la lumière de comparaisons internationales [3]. Il convient cependant de veiller à ce que l’évaluation n’entrave pas l’esprit d’innovation et préserver l’enthousiasme autant que la créativité, en se gardant d’un contrôle institutionnel trop poussé (d’où l’intérêt de l’auto-évaluation) [4]. L’évaluation n’est évidemment pas une fin en soi, mais vise à permettre de faire évoluer les pratiques de manière constructive. On connaît, par exemple, l’effet positif sur les résultats scolaires d’un suivi des apprentissages [5]. La rétroaction (feedback) individuelle constitue ainsi un puissant déterminant de la réussite scolaire, en permettant d’identifier les élèves à risque et de planifier des interventions qui vont répondre à leurs besoins éducatifs [6].

Cet axe vise à permettre de réfléchir aux questions suivantes :

  • L’objet de l’évaluation. Qu’est-ce qu’on évalue ? Par exemple, des outils, des méthodes, des dispositifs, l’acquisition de compétences.
  • L’objectif de l’évaluation. Pourquoi évaluer ? Quel est l’objectif visé ? Que veut-on vérifier ? À quelles fins ?
  • L’agent de l’évaluation. Qui évalue ? Quelle est la place de l’auto-évaluation ? de l’hétéro-évaluation ? du lien entre les deux ?
  • Les méthodes d’évaluation. Comment évaluer ? Quels outils ? Quels supports ? Quelles approches ?

Coordination : Muriel Epstein (univ. de Nanterre) et Sophie Pène (Paris-Descartes, CRI), en collaboration avec le Master EdTech.

[1]L’évaluation des élèves par les enseignants dans la classe et les établissements : réglementation et pratiques. Une comparaison internationale dans les pays de l’OCDE.
[2] Voir notamment Sammons, P., & Luyten, H. (2009). Editorial article for special issue on alternative methods for assessing school effects and schooling effects. School Effectiveness and School Improvement, 20(2), p. 133-143.
[3] Sackney, L. (2007). History of the school effectiveness and improvement in Canada over the past 25 years. In T . Townsend (Ed.), International Handbook of School Effectiveness and Improvement ? (p. 167-182). Dordrecht : Springer.
[4] Voir par exemple les mises en garde lors du 8e Forum des enseignants innovants.
[5] DuFour, R., & Marzano, R.J. (2011). Leaders of learning: How district, school, and classroom leaders improve student achievement. Bloomington, IN : Solution Tree Press.
[6] Hattie, J. (2009). Visible learning. A synthesis of over 800 meta-analyses relating to achievement. New York, NY: Routledge.

Concrètement

  • Création de la plate-forme AERE : les projets font l’objet d’une évaluation selon des modalités à déterminer par les différents partenaires, en concertation avec l’équipe du LSN en charge du développement d’AERE et à la lumière des questions ci-dessus.
  • Développement d’un questionnaire destiné à évaluer le bien-être des enfants à l’école et au collège (séminaire EHESS 2).