L’expérience doctorale : Séminaire EHESS hors les murs

Lundi 13 mars, de 14 h à 18 h
séance exceptionnelle du séminaire « L’expérience doctorale »
au Liberté Living Lab, 9 rue d’Alexandrie, 75002 Paris

La diversification des carrières à l’issue du parcours doctoral :
comment est-elle perçue par les doctorants en Arts, Lettres, Langues et Sciences Humaines et Sociales (ALLSHS)
et par leurs encadrants ?

Ce séminaire est organisé en partenariat avec Adoc Mètis, Humanitudes et Doc’Door

1. Argumentaire

Les déterminants du bien-être au travail chez les doctorant·e·s sont nombreux et variés, tout comme le sont les sources de stress, risques psycho-sociaux et éventuelles causes de prolongation excessive ou d’abandon du doctorat : les conditions de travail, l’environnement matériel et humain, la stabilité matérielle, la relation entre doctorant·e et encadrant·e[1].

Un élément régulièrement étudié est la poursuite de carrière des docteur·e·s. En effet, si le nombre de doctorant·e·s et de docteur·e·s tend à augmenter dans l’ensemble des pays de l’OCDE[2], les perspectives professionnelles au sein des carrières académiques et universitaires se réduisent et se transforment[3]. Les études se multiplient à cet égard et ce constat conduit à l’expression de la question comme un enjeu politique majeur : celui de l’emploi des docteur·e·s. Dans ce contexte, le manque de confiance dans leurs perspectives futures de carrière, en particulier dans un secteur socio-professionnel qui nécessite de nombreux sacrifices[4], peut générer du stress et influer négativement sur le bien-être pendant le doctorat, voire sur la perception de celui-ci, puisque le « diplôme » n’apparaît plus comme pourvoyeur d’emploi. Les encadrant·e·s, soucieux/ses tant du devenir de leur doctorant·e·s, que de celui de la recherche publique et de ses moyens, sont sujets à ce même stress.

Parallèlement, un certain nombre d’acteurs du doctorat perçoivent ce phénomène comme une opportunité, subie ou souhaitée, de diversifier les profils des professionnel·le·s de nombreux secteurs d’emploi, dans un monde en pleine mutation qui nécessite à la fois des individus aptes à la compréhension de l’économie de la connaissance, mais également aptes à faire face à des problèmes nouveaux, à les analyser, les comprendre et les formuler pour proposer des solutions innovantes. Les docteur·e·s semblent tout indiqué·e·s pour remplir ces fonctions[5].

Au-delà de la notion de diplôme, il existe donc un nombre croissant d’études et de recherches qui favorisent l’approche et la lecture de l’exercice de la recherche par la notion de compétences[6]. On distinguera donc les compétences spécifiques et techniques liées aux thématiques de recherche et aux outils employés pour les traiter (transférables ou non, dans d’autres secteurs ou pour d’autres fonctions), les compétences transversales ou soft-skills, nécessaires pour exercer le métier de chercheur·e dans le secteur académique mais également indispensables et recherchées à d’autres postes, les méta-compétences, qui font référence aux capacités d’apprentissage et d’adaptation, et enfin les savoir-être, qui se rapportent aux qualités interpersonnelles développées pendant ses expériences professionnelles[7]. Bien étudiées, les compétences des docteur·e·s doivent encore être promues auprès des employeurs potentiels (entreprises, fonction publique hors académique, etc.), réalisées par les doctorant·e·s et chercheur·e·s mêmes comme une plus-value de leur expérience, et éventuellement développées via la formation professionnelle transversale en vue d’un projet particulier futur porté par la/le doctorant·e. Ce constat trouve son illustration dans les évolutions réglementaires récentes (comité de suivi, démarche portfolio, accès à la formation professionnelle tant pour les doctorant·e·s que pour les encadrant·e·s) et dans le développement des formations pour les doctorant·e·s au sein des universités ou des ComUEs.

Peu étudiées sont, en revanche, les perceptions de ces phénomènes au sein de l’environnement de travail des doctorant·e·s en ALLSHS. On constate que les perspectives de carrières se diversifient plus lentement que dans les disciplines qui entretiennent des liens plus étroits avec l’industrie ou la R&D privée. Les compétences ont pourtant la caractéristique d’être communes à l’ensemble des docteur·e·s, quelle que soit leur discipline d’origine, et les besoins en profils innovants et de haut niveau dans les secteurs sociaux sont également soulignés. Néanmoins, 85% des doctorant·e·s en ALLSHS déclarent envisager une carrière en recherche académique publique, alors même que le nombre d’entre eux qui accèderont à des fonctions pérennes est bien plus faible[8]. Les autres possibilités sont peu prises en compte, peu souhaitées quand elles ne sont pas rejetées. Cette journée d’étude aura pour objet de déterminer les formes que prennent l’évaluation de ces carrières hors académiques dans les environnements académiques en ALLSHS : sont-elles dévaluées ? Considérées comme marginales ? Il s’agira également de comprendre les raisons des éventuelles mises à distance : constate-t-on des résistances d’ordre idéologiques ? Une peur de voir, par effet miroir, la recherche se transformer ? Enfin, on se demandera comment ces perceptions et le discours qui les accompagne influencent les doctorant·e·s : adoptent-ils une posture similaire ? Renoncent-ils à des opportunités de carrière ou de formation de peur d’entraver une éventuelle carrière académique ? Les résistances sont-elles déjà des repoussoirs pour des étudiant·e·s désireux/ses de faire un doctorat, mais sans souhaiter s’orienter vers une carrière académique ?

2. Programme

Introduction : Pascale Haag (psychologue, MCF EHESS, Lab School Network)

Table ronde 1 : la perception des doctorants – Animation : Sebastien Poulain (docteur, Humanitudes, Doctrix, Doc’Door)

  • Viviane Griveau-Genest (doctorante en histoire, CSLF, Paris-Ouest Nanterre)
  • Nadia Baatouche (doctorante en psychologie, INETOP, CNAM)
  • Nadia Cordero Gamboa (doctorante en anthropologie, CESSMA, Paris Diderot)
  • Ludovic Garattini (docteur en sciences de l’information et de la communication, laboratoire Sciences & Média, Paris Diderot)

Intermède : les chiffres par ‎Marc Joos (docteur, Adoc Talent Management)

Témoignage réflexif : Rudy Cambier (sociologue, ‎co-dirigeant du Liberté Living-Lab)

Table ronde 2 : la perception des encadrants – Animation : Carole Chapin (docteur, Adoc Mètis)

  • Jean-Frédéric Schaub (historien, CRBC-Mondes Américains, directeur d’études EHESS)
  • Christine Bouissou (Sciences de l’éducation, CIRCEFT, MCF Université Paris 8 Saint-Denis)
  • Emmanuelle Ebel-Jost (docteure en arts du spectacles, cofondatrice  et directrice associée d’Adoc Mètis)

Conclusion : Pascale Haag (EHESS) et Jérôme Richez (co-fondateur du Liberté Living-Lab)

Pot de clôture

[1] Constat qui a donné lieu à la recherche-action « BEST-DOC ».

[2] Voir Auriol, L., M. Misu and R. A. Freeman (2013), “Careers of Doctorate Holders: Analysis of Labour Market and Mobility Indicators”, OECD Science, Technology and Industry Working Papers, 2013/04, OECD Publishing. C’est également le cas en France, mais plutôt dans des proportions plus faibles, notamment en ALLSHS. Voir Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (2015). L’état de l’emploi scientifique en France. Rapport de la direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle et de la direction générale pour la recherche et l’innovation. Paris : MESR, p. 44.

[3] Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (2015), L’état de l’emploi scientifique en France. Rapport de la direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle et de la direction générale pour la recherche et l’innovation. Paris : MESR, p. 65-69.

[4] L’université semblant correspondre à la définition d’une « greedy institution » (Lewis Coser, 1974), c’est à dire qui demande la démonstration d’une vocation et un investissement entier dans la carrière professionnelle. Voir Bernard Fusulier, « Faire une carrière scientifique aujourd’hui », Penser la science.

[5] Voir par exemple : LERU, Maintaining a quality culture in doctoral education, Advice paper n°19, March 2016, p.7-8 (« Expectations and principles »).

[6] Analyse qui ne se limite pas aux chercheur·e·s en début de carrière mais s’applique aux chercheur·e·s confirmé·e·s, de plus en plus sujets à la mobilité sectorielle. Voir Science Europe, Intersectoral mobility schemes in Science Europe Member Organisations, Survey report, January 2017.

[7] Voir l’arbre des compétences des docteur·e·s issu du projet CAREER, Adoc Talent Management, 2012.

[8] Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (2014), L’état de l’emploi scientifique en France. Rapport de la direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle et de la direction générale pour la recherche et l’innovation.

Un commentaire sur “L’expérience doctorale : Séminaire EHESS hors les murs

  1. Ping : Doc’Door partenaire du séminaire « L’expérience doctorale » le 13 mars 2017 – Doc'Door

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