Groupe de travail sur le doctorat

Faire un doctorat : « L’idée peut germer dans toutes sortes de têtes. Celle du jeune étudiant qui, sa maîtrise en poche ne voit pas pourquoi il s’arrêterait en si bon chemin, celle du fringuant normalien qui prétend s’acquitter ainsi d’une formalité obligée, celle de la mère de famille souhaitant reprendre ses études interrompues par obligation, celle du retraité profitant de la sérénité d’un temps libre pour renouer ou nouer avec l’université (…) sans compter encore, les étudiants en mal de papiers, à qui l’inscription en thèse fournit un havre administratif de quelques années. » Dardy, Ducart et Maingueneau (2002, p. 15)[1] rendent parfaitement compte à travers ces quelques lignes de la grande hétérogénéité des doctorants et de la manière dont est perçu le doctorat. À la disparité des âges, des origines sociales, des situations financières, des parcours ou des enjeux viennent s’ajouter d’autres divergences liées au contexte institutionnel : la variété des champs disciplinaires, des thèmes de recherche, des laboratoires, etc.

Il peut paraître surprenant, alors que de nombreux travaux sont publiés chaque année sur la qualité de vie et la santé des étudiants de premier cycle universitaire, que la population des doctorants soit encore si peu étudiée. Il est certes moins facile de récolter des données sur cette population que sur les nouveaux entrants, qui passent des examens et dont le parcours est plus aisé à retracer, année après année. De plus, le statut même du doctorant est ambigu : parfois, chercheur contractuel, parfois enseignant, tout en étant inscrit comme étudiant à l’université. Mais, cela ne suffit pas à expliquer cette lacune. Serait-ce la manifestation d’une réticence liée à la proximité du chercheur avec son objet d’étude, comme le suggère Marie-Françoise Fave-Bonnet (2002) : « Être universitaire, et analyser la situation des universitaires, peut apparaître, au prime abord, incompatible avec la distance nécessaire à ce travail. » ?

Quoi qu’il en soit, la situation semble évoluer rapidement et les doctorants autant que le doctorat font aujourd’hui l’objet d’une attention croissante de la part des chercheurs, dans un contexte de mutation profonde de l’univers académique à l’échelle internationale. Plusieurs colloques et journées d’études leur ont ainsi été consacrés récemment (comme, par exemple, les deux colloques internationaux sur le doctorat co-organisés par Adoc Talent Management, Docteo et Doc’Up en 2014 et 2015 ou celui sur l’expérience des jeunes chercheurs qui s’est tenu à l’EHESS en 2015 à l’initiative de chercheurs des universités de Paris 1 de Louvain et de l’EHESS. Des ouvrages paraissent chaque année[2] et un numéro récent de la revue Socio-logos concerne la socialisation des doctorants en sciences humaines et sociales [https://socio-logos.revues.org/2922] en 2015. Et en ce moment, des projets de recherche sont en cours, dans différentes universités, menés par des étudiants, des jeunes chercheurs ou des chercheurs titulaires qui n’ont pas nécessairement connaissance les uns des autres.

IMG_1248Puisque l’expérience doctorale devient progressivement, en France, un objet de recherche à part entière (c’était déjà le cas outre-Atlantique), il serait bien dommage que les différentes initiatives qui se déploient demeurent isolées les unes des autres au lieu de favoriser des synergies. L’idée de constituer un groupe de travail qui permette aux chercheurs travaillant dans ce champ de se rencontrer, de partager des informations, d’élaborer des projets communs est née à l’occasion d’un séminaire sur la question du bien-être, de la santé et du travail pendant le doctorat, à partir d’une discussion sur la circulation insuffisante des informations dont faisaient l’expérience plusieurs participants.

Un petit groupe de chercheurs, de doctorants et d’étudiants ont déjà rejoint le groupe de travail (liste ci-dessous). Une première proposition consiste à mutualiser nos veilles bibliographiques dans une bibliothèque partagée. Nous nous proposons aussi de recenser dans la mesure du possible les projets de recherches en cours sur le thème du doctorat ou sur celui des doctorant(e)s, ainsi que les événements (colloques, journées d’études, ateliers).

Si vous travaillez sur ces questions et si vous avez envie de nous rejoindre ou de faire connaître vos projets, merci de nous contacter à l’adresse ph [a] ehess.fr.

Le groupe de travail sur le doctorat se retrouvera lors de la dernière réunion du Lab School Network avant la pause estivale, le 2 juin de 17 h à 19 h, à l’EHESS, 190 avenue de France, 75013 Paris, salle 015 (rez-de-chaussée).

Membres du groupe de travail (en cours de constitution)

  • Nadia Baatouche (CNAM)
  • Sarah Carter (université AMU)
  • Rana Challah (université de Limoges)
  • Carole Chapin (Adoc Mètis)
  • Françoise Cros (CNAM)
  • Emmanuelle Ebel-Jost (Adoc Mètis)
  • Laetitia Gérard (université de Nancy)
  • Pascale Haag (EHESS)
  • Gabriel Marais (université Lyon 1)
  • Romain Pierronnet (université Paris-Est ; Adoc Mètis)
  • Rebecca Shankland (université de Grenoble)
  • Siaka Sanou (CNAM)
  • Laurent Sovet (université de Rouen)
  • Simon Thierry (Adoc Mètis)

L’illustration de ce billet a été réalisée par des participants du colloque sur l’expérience des jeunes chercheurs durant un bref atelier collaboratif, où il était proposé de réfléchir à ce qui motive les jeunes chercheurs à continuer la recherche, envers et contre tout.

[1] Dardy, C., Ducard, D. et Maingueneau, D. (2002). Un genre universitaire : le rapport de soutenance de thèse. Villeneuve-d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion.

[2] Par exemple, Romelaer, P. et Kalika, M. (2011). Comment réussir sa thèse: la conduite du projet de doctorat. Paris : Dunod ; Hunsmann, Moritz, and Sébastien Kapp (2013). Devenir chercheur. Écrire une thèse en sciences sociales. Paris : Editions de l’EHESS, 2013, ou encore Gérard, L. (2014). Le doctorat : un rite de passage. Paris : Téraèdre.

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